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C'est en naviguant sur le web que j'ai appris l'existence d'un reportage vidéo établissant la nocivité des OGM. Pensez vous, leur consommation pourrait modifier nos cellules et organes ! On s'imagine déjà transformé en sorte de Hulk façon géant vert suite à une consommation excessive de maïs transgénique. C'est donc avec fébrilité que je joue du mulot afin de visionner la chose, tout en étant conscient du privilège dont je bénificie, vu que le docu en question a été censuré par Canal+. Bon, en fin de compte il n'a pas été censuré par Canal+ et n'est pas non plus censuré par google (comme on peut le lire parfois). Pour les curieux, on le trouve sur ici. Il a été diffusé le 15 novembre 2005 (ça commence à faire un bail) sur Canal+.
Petite introduction (faite par deux animateurs, enfin journalistes dynamiques). Ca y est, c'est scientifiquement prouvé, les OGM sont dangereux: Ils modifient nos organes (enfin ceux des souris). Qui plus est, les gouvernements occidentaux (et évidemment les firmes OGM) ont tout fait pour qu'on n'en sache rien ! Un petite couche de science: Les journalistes savent de quoi ils parlent, vu qu'on a droit à une animation tridimensionnelle resprésentant un brin d'ADN. Pour la culture scientifique, un OGM est une plante dans laquelle on a inséré un gène en provenance d'un animal, ce qui est faux, mais on va pas chipoter, de toute façon le télévisionneur français moyen ne comprend rien aux sciences. Pour une définition valable, on peut faire un tour sur Wikipédia.
La première séquence nous est familière. Les rayons d'un supermarché, endroit préservé du monde, lieu de ballade dominicale et familiale apprécié de tous, où le seul risque que vous encouriez consistait jusqu'à présent à ne pas choisir la file la plus rapide lors de votre passage en caisse. Dorénavant soyez vigiliant et ne vous y rendez plus sans une bonne paire de lunettes vous permettant de débusquer les petits caractères de l'emballage indiquant la présence d'OGM potentiellement dangereux pour la santé de vos chères têtes blondes (Ils en ont mis dans les céréales du pti'dèj !).
On arrive chez Monsanto (fabriquant amercain d'OGM) et nos braves reporters sont parmi les derniers à être entrés dans cette forteresse. Je sais pas, mais après leur visite, ils ont du être tellement chamboulé qu'ils ont du en interdire définitivement l'accès aux journalistes fouille-merde. Ils doivent vraiment avoir des choses à cacher pour mettre des gardiens en uniforme aux entrées. Un americain trop propre sur lui nous explique que les analyses de Monsanto sont disponibles à tous les chercheurs du monde. Ceci dit, il est trop clean pour être honnête et ne parle même pas français !
Retour en Europe et plus précisément en Italie. Cette fois, c'est une biologiste italienne à l'accent craquant qui nous présente (en français) les résultats de son équipe: Les organes de souris bouffant du soja transgénique ont été modifiés ! Ça tout de même pas éte facile à prouver, vu que cela a nécessité un microscope qu'on avait jamais utilisé jusque là (c'est pas des rigolos donc). La preuve nous est donnée en image (joli cliché du microscope en question). Au final, on apprend que les souris nourries au soja transgénique ne produisent pas la même quantité d'enzyme que les souris nourries à l'aide de soja "naturel". Même si les souris ne sont pas tombées malade, ça ne saurait probablement pas tarder. En plus, on a coupé les crédits de cette équipe italienne (par simple email !). Probablement un coup du gouvernement italien (Berlusconi) qui ne veut pas en savoir plus.
Et en France ? Micro trottoir: Visiblement, Monsanto devrait faire de la retape chez nous. Les français sont pas près de bouffer (volontairement du moins) leur saleté d'OGM. De son côté, le gouvernement envoie les chiens pour arrêter les faucheurs d'OGM et fait de la rétention d'informations en ne publiant pas les études effectuées et demandées aux fabriquants. Voila pour la trique. Pour rassurer les consommateurs, le gouvernement français à mis ne place un comité d'experts au nom impressionant la commission du génie biomoléculaire (CGB). Il est vrai que la mission officielle de cette commission est d'évaluer, au cas par cas et avant toute autorisation, les risques pour la santé publique et l'environnement, liés à la dissémination d'organismes génétiquement modifiés (OGM). Mais personne n'est dupe, avec tout le matraquage publicitaire effectué par la CGB, elle n'a qu'un rôle de propagande. Le gouvernement est tellement pervers, qu'il a poussé le vice jusqu'à intégrer à la commission un scientifique membre du CRII-GEN, qu'on ne peut accuser de sympathie "OGM" (voir un peu plus loin).
Marc Fellous (président de la CGB, Commission du Génie Biomoléculaire) nous explique qu'on ne lui demandera jamais d'évaluer un OGM toxique. Il est mal fringué, n'a pas une voix assurée. Pour la première fois, on voit la caméra. Le fond musical s'est interompu, ce qui souligne d'autant les blancs dans le discours de Marc Fellous. Dis donc, pour rassurer le français, y a mieux. La voix off reprend pour nous apprendre qu'il existe une Étude sur un OGM qu'on a voulu dissimuler au public, car les résultats étaient inquiétants. On nous cache tout, on nous dit rien comme nous le chante Dutronc. Cette étude porte sur des rats. Au fait, la musique stressante a repris. Mais pendant que nos scientifiques décidaient que l'OGM est bon à consommer, une femme mettait son nez dans leurs affaires. C'est tout a fait scandaleux, vu que la toxicité de l'OGM est indépendante du bon vouloir de qui que ce soit et que personne ne peut décider qu'un OGM est ou non toxique. Notre brave journaliste souligne que l'avis de la CGB est déconnecté de la réalité, et n'est pas motivé par des faits scientifiques. L'OGM en question, le MON 863 est un maïs transgénique contenant un gène de résistance à un parasite, la chrysomèle (insecte coléoptère ravageur du maïs). Petite précision: La CGB s'est uniquement prononcée sur l'autorisation d'utilisation d'importation de cet OGM dans le cadre de la consommation animale (son avis ne concerne donc ni la consommation humaine, ni la culture en France ou en Europe). Le journaliste a oublié de le préciser, ça arrive.
Corinne Lepage fait son apparition. Ancienne ministre de l'environnement, elle préside une association, le CRII-GEN (Comité de Recherche et d'Information Indépendantes sur le génie GENétique). Elle demande au gouvernement de lui faire parvenir l'étude incriminée, dans le cadre de la mise sur le marché du MON 863 pour l'alimentation humaine cette fois. Elle reçoit une autre étude (sur les vaches, mais bon, pourquoi pas). On apprend que l'étude sur les rats demandées n'a pas été transmise car protégée par le secret industriel: Le gouvernement n'avait pas la possibilité légale de transmettre ce document. Petit commentaire explicatif du journaliste: Il faut donc comprendre que notre gouvernement a fait passer le souhait d'une multinationale americaine devant la transparence due au citoyen. Heureusement qu'il est là pour nous rappeler qu'on a affaire à un complot politico-agricole. Finalement, les journalistes ont du se rendre en Allemagne pour obtenir l'étude en question (Ils sont coriaces ces journalistes). Ils apprenent que les données sont finalement librement accessibles depuis juin 2005, suite à une décision de justice Allemande. Il faudrait tout de même prévenir Corinne Lepage...
En Allemagne donc, nos journalistes assistent à un petit exposé, organisé par Greenpeace, de Arpad Pusztai. Les rats ayant consommé l'OGM ont vu leurs organes modifiés, ils ont subis des lésions et présentent des lésions aux reins, au foi, au sang. Pour l'histoire, précison (même si c'est omis dans le reportage, mais on ne peut pas tout dire) qu'Arpad Pusztai est un biologiste très controversé. D'origine Hongroise, né en 1931, il a passé la majeure partie de sa carrière au Rowett Research Institute à Aberdeen en Écosse. Il participe le 10 août 1998 à une émission de ITV, World in Action, où il présente les résultats d'une étude qu'il a mené sur des patates génétiquement modifiées produisant une protéine naturelle, la lectine GNA, connue pour ses proprétés insecticides. Il considère deux groupes de rats. Un groupe nourrit aux patates transgéniques, un autre à l'aide de patates "normales" assaisonnées de lectine GNA. En résumé, la composition moléculaire des menus des deux groupes est identique. Surprise: D'après A. Pusztai, le groupe ayant consommé la patate OGM présente des troubles absents dans le groupe "témoin". Ses déclarations ont fait l'effet d'une bombe et ont été abondamment critiquées. Ses activités de recherche sur la lectine ont été suspendues quelques jours après son intervention sur ITV. Son contrat de pré-retraite (il avec 68 ans en 1999) n'a pas été reconduit et a pris fin en le 31 décembre 1998. The Lancet publia son étude en 1999, afin qu'elle soit accessible à tous, tout en émettant de sérieuses réserves vis à vis de ses conclusions. Bon, revenons à nos moutons et à notre reportage. Gros zoom sur les transparents, du style, c'est écrit ici que c'est dangeureux... En l'occurence, il n'y a rien sur ces transparents (juste une brève description du protocole expérimental). Zoom aussi sur les tête angoissées des membres de l'assistance.
A la CGB. Après avoir pris connaissance de cette étude nos journalistes reviennent en France et retrouve M. Fellous pour lui demander des comptes. Boh, y change jamais de fringues celui là, il est habillé comme lors de leur premier entretien, avant le séjour des journalistes en Allemagne... Quel gros crade. La musique stressante s'arrête de nouveau, on voit à nouveau la caméra. Toujours assis sur sa chaise et toujours mal cadré. Il est pas à l'aise face à une caméra, il faut zoomer pour bien le montrer. Après cette petite transition, apparaît le professeur Gilles-Eric Seralini, également membre de la CGB. Toujours pour la petite histoire: Gilles-Eric Seralini est président du conseil scientifique du CRII-GEN (Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique) , association présidée par Corinne Lepage. Mais ça, c'est pas dit. Il a publié un nombre impressionant d'ouvrages anti-OGM. G-E Seralini nous explique que les rats ayant consommé de l'OGM présentent plus de lésions que les autres. Interlude Monsanto: On apprend que nos journalistes ont envoyé des mails à Monsanto avec tout plein de questions pour savoir pourquoi Monsanto avait caché cette étude au public. Monsanto se fout pas mal de notre gueule vu qu'ils font la distinction entre rapport secret et confidentiel. Ah Ah... on aurait bien aimé avoir la réponse de Monsanto disponible sur le web. Il faudra que je leur envoie un mail pour leur demander. Les reporters soulignent que beaucoup de scientifiques mettent en doute l'inoccuité du MON 863 (ils donnent pas de liste mais on veut bien les croire). Fin de l'interlude. On retourne auprès de G-E Seralini: Preuve par quatre, tableau et blouse blanche à l'appui, il nous montre comment Monsanto à "truqué" ses résultats. C'est rigolo, car avant l'intermède Monsanto, G-E Seralini apparaît devant un tableau comportant un beau dessin. Le dessin a disparu, mais heureusement, G-E Seralini est là pour nous le refaire avec explications scientifiques. Voila, c'est simple les scientifiques de la commission ne connaissent pas la règle de trois. Toujours pour la petite histoire, G-E Seralini s'est fendu d'un article sur le sujet. Une version anglaise (payante) est disponible sur le web chez Springer, avec une version papier à publier en mai 2007 dans une revue américaine Archives of Environmental Contamination and Toxicology. Suite à cette brillante démonstration de G-E Seralini, le journaliste conclu que fort de cette étude minimisant les effets de l'OGM, Monsanto va tout faire pour vendre son maïs en Europe. On parle toujours de la même étude, celle que voulait C. Lepage et dont les résultats étaient inquiétant. Au fait, l'étude en question est disponible sur le web pour ceux que cela interesse. Attention, elle est encore plus difficile à digérer que le MON 863: 1140 pages de chiffres (publié dans Food and Chemical Toxicology, Juin 2005). Quelques précisons suplémentaires: l'étude Monsanto porte sur 20 groupes de 20 individus (10 groupes féminins et 10 masculins). Pour chaque sexe, 2 groupes ont bouffé du maïs OGM, 2 autres du maïs très proche mais non modifié génetiquement. Les 6 autres groupes ont été nourris sans OGM avec des maïs d'origine variée... Ça fait 80 souris ayant bouffé des OGMs. C'est pas beaucoup. Si on veut avoir des résultats significatifs, il faudrait probablement plus de souris. Bon, il faudrait que je lise leur article, même si il est très mal rédigé. A noter que la CGB s'est uniquement prononcée sur l'utilisation du maïs transgénique pour la consommation animale. Ci suit la conclusion de son dernier avis à ce sujet: En conséquence, dans l'état actuel des connaissances et sur la base de l'ensemble des informations fournies sur le maïs MON 863 dans le cadre du dossier C/DE/02/9, la Commission du génie biomoléculaire considère que ces informations ne mettent pas en évidence de risque pour la santé animale lié à la consommation du maïs MON 863. L'avis est adopté avec une voix contre, un membre considérant que les tests de toxicité fournis sont insuffisants.
Vote de l'autorisation de mise sur le marché du MON 863. La mise sur le marché d'un produit OGM est assez complexe. On assiste à l'une des étapes de la prise de décision de l'autorisation d'importation du MON 863 à destination de l'alimentation animale (ne concerne ni la culture, ni l'alimentation humaine). Notre brave journaliste oublie de nous le préciser mais bon, c'est implicite. Cela se passe au Luxembourg, le 24 juin 2005. La commission européenne a soumis une proposition de décision, formulée le 26 avril 2005, au conseil des ministres européens de l'environnement. Pour trancher, le conseil des ministres doit réunir une majorté qualifiée, soit au moins 13 Etats membres (sur les 25, en 2005) et totaliser au moins 232 voix. Le nombre de voix de chaque etat est pondéré suivant "sa taille". La proposition de mise sur le marché du MON 863 a recueilli 108 voix pour et 182 voix contre sur un total de 321 voix. La majorité qualifiée n'est pas réunie, même si la proposition de décision soumise au conseil recueil une majorité contre elle En l'abscence de décision du conseil, c'est la commission qui tranche. Elle décide, comme elle l'avait proposé au conseil d'autoriser l'importation du MON 863 à desination de l'alimentation animale (décison du 8 août 2005). A ce sujet, la petite voix nous annonce après la session du conseil que deux mois plus tard, la commission autorise le maïs Monsant à l'alimentation en Europe. Là, le journaliste oublie de préciser alimentation animale... Ceci dit, il devance de peu l'autorisation pour l'alimentation humaine donnée par la commission le 13 janvier 2006. La décision de la commission fait suite à un défaut du conseil des ministes qui n'a pas statuésur ce point dans le délai réglementaire (3 mois). La proposition de mise sur le marché pour l'alimentation humaine par la commission a été effectuée le 26 Juillet 2005. Les cobayes désormais, c'est nous. Risque potentiels pour notre santé: totalement inconnus. En effet, à l'heure actuel, il n'y a aucun risque connu. On retrouve à nouveau M. Fellous pour une denière couche. M. Fellous admet, qu'il ne peut garantir scientifiquement que la consommation du MON 863 ne pose absolument aucun danger sur le long terme... Ça y est, il a craché le morceau, on va tous crever !
Retour en studio et conclusion. On fini avec un petit chocolat pour digéré tout ça. Paul Moreira nous apprend qu'il est entré en possession d'une note non signée du gouvernement francais qui demande aux autorités européennes de ne plus communiquer les résultats des études de toxicité sur les OGM (là, on marche sur la tête). Au fait, Paul Moreira vient de publier un livre sur la manipulation par les médias, Les nouvelles censures, dans les coulisses de la manipulation de l'information (Robert Laffont, février 2007). Un avis expert !
Quelques commentaires instructifs sur ce documentaire